Emilienne PERGAUD née MANGE

 

Une Quingeoise dans la Résistance - Guerre de 1939-1945

 

MORTE POUR LA FRANCE

 

A elle seule, elle symbolise les atrocités de la guerre

A elle seule, elle symbolise aussi la bravoure

 

A sa fille Anne-Marie PERGAUD-HABERMAN

 

Emilienne MANGE naît à QUINGEY le 22.5.1907 (il y a donc tout juste 100 ans), de Charles Adrien MANGE, cloutier, et de Mélanie Angèle VAYSSETTES. Elle vit une enfance heureuse dans ce ravissant village traversé par la Loue, où ses parents sont immensément appréciés. Elle aide ses parents à élever leurs moutons ; elle les faisait paître dans ce qui est aujourd’hui le lotissement des « Vertes Epines ».

 

Elle a 21 ans lorsqu’elle épouse le 11.8.1928 à Quingey, Henri François PERGAUD (*) né le 27.2.1907 à GRANDFONTAINE-FOURNETS (Doubs), pupille de la Nation, fils de Henri Lucien PERGAUD instituteur, et Berthe SANCEY, institutrice. La mère d’Henri a été nommée directrice des écoles à Quingey, c’est comme cela qu’Emilienne et Henri se sont rencontrés.

 

Henri travaille aux Chemins de Fer à Paris, c’est donc tout naturellement qu’Emilienne et son époux s’installent en banlieue, à Noisy le Sec (93).

 

Emilienne trouve un emploi au service publicité du magasin du Louvre.

 

Le 26.6.1930, de leur union naît à Quingey pour leur plus grande joie (Emilienne a voulu que son bébé vienne au monde chez ses parents), une fille qu’ils prénomment Anne-Marie (plus couramment appelée par son diminutif Anny).

 

9 ans de bonheur avant que le destin ne les marque à jamais parce que ces deux êtres à la personnalité et au courage exceptionnels, ont agi au péril de leur vie, pour que la France reste Française.

 

En septembre 1940, Henri crée un réseau de résistance au sein des Chemins de fer, il œuvre entre Londres et la France, Emilienne devient immédiatement son agent de liaison. Elle sera par la suite nommée au grade de Sous-Lieutenant dans « L’Armée des Ombres ».

 

Cela veut dire qu’Emilienne reçoit des messages, envoie des messages depuis son appartement de Noisy le Sec, qu’elle y cache aussi avant de les faire passer en zone libre grâce à ses contacts, des résistants, des prisonniers évadés etc…..Elle les emmène souvent à Meaux où il y a un terrain d’aviation inconnu de l’ennemi, et les accompagne même vers l’Espagne où ils sont pris en charge par des passeurs avant la frontière.

 

Aider du monde à rejoindre la zone libre, elle le fait également à Quingey où elle vient voir régulièrement sa famille, grâce entre autres, à la Sœur Supérieure de l’Hospice qui faisait partie d’un réseau pour évacuer des personnes devant quitter la France. C’est ainsi qu’Anny a vu un jour deux Sœurs de la Charité de l’hospice de Quingey, installer dans une brouette puis le recouvrir de foin avant de l’emmener, un aviateur qui était caché dans la cabane du verger des parents d’Emilienne. Les sœurs l’ont habillé en civil mais il était tellement grand qu’elles eurent un mal fou à le faire tenir dans la brouette et ne trouvèrent pas de chaussures à son pied. Et la Sœur Supérieure de dire : « tant pis, pour les chaussures on verra plus tard ! ». Les deux Sœurs ont traversé tout Quingey avec leur brouette alors que la ville était occupée par l’ennemi.

Une nouvelle occasion nous est donnée ici, de rendre hommage aux Sœurs de la Charité de l’Hospice de Quingey, pour leur action au moment de la guerre, et pour leur dévouement : rappelons qu’elles se sont occupées de nos anciens, des malades, des indigents, de 1861 à 1980 à Quingey.

 

Malheureusement dénoncée en septembre 1943, la GESTAPO vient arrêter Emilienne à son domicile de Noisy le Sec. Emilienne ressortira de la Rue des Saussaies à Paris, horriblement marquée, mutilée (organes internes), ayant pratiquement totalement perdu la tête, après 40 jours de détention, dont 21 jours d’interrogatoire ininterrompu. Malgré tout, elle arrive à renseigner les agents de la F.F.C sur le sens des recherches de la gestapo. Le 10 décembre 1943, elle recevra la Croix de Guerre avec une palme.

 

Dans ses moments de lucidité, elle a raconté à sa fille Anny (qui avait été gardée à Paris par sa nounou et une amie d’Emilienne pendant sa détention), que parmi l’insupportable, il y avait le fait d’être battue, certes, mais entièrement nue, par des bourreaux bottés et en uniforme, qui avaient son âge, elle était plongée jusqu’à suffocation extrême dans une baignoire d’eau glacée, que le plus atroce avait été de voir des enfants torturés devant leurs parents pour que ceux-ci parlent. D’ailleurs, Emilienne était marquée au point qu’elle était obsédée par le fait de vouloir tuer sa fille Anny afin qu’elle ne soit pas torturée. Anny entourait son lit de chaises afin d’entendre sa mère approcher la nuit. Emilienne disait aussi que la douleur lorsqu’elle atteint son paroxysme, on finit par ne plus la sentir.

 

Pendant la détention de son épouse, Henri est venu voir sa fille plusieurs fois au péril de sa vie puisque sa tête était mise à prix. Il voyageait sans cesse entre Londres et les provinces françaises, ne dormant jamais deux nuits de suite au même endroit.

 

Le 18.4.1944, Anny et Emilienne subiront le terrible bombardement de la ville de Noisy le Sec qui a été pratiquement entièrement détruite. C’est le lendemain, le 19.4.1944 qu’en déambulant dans les ruines, elles verront l’Abbé Coutteret de Lombard affecté par l’ennemi dont il était prisonnier, au déminage des centaines de bombes qui n’avaient pas explosé. (L’Abbé Germain COUTTERET : né en 1912 à Lombard, mort en déportation en Mai 1945 au camp de Ludwigslust en Allemagne après s’être sacrifié pour ses compagnons d’infortune). Après avoir été relogées à Paris rue de Clichy, Emilienne et Anny reviennent à Quingey début décembre 1944.

 

L’état de santé d’Emilienne est alarmant tant physiquement que moralement.

 

Le 17 décembre 1944, Emilienne vient près d’Anny qui était dans la cuisine et lui dit « faut pas mettre d’eau à bouillir en permanence sur le feu (elle savait que la vapeur n’était pas bonne pour Anny qui faisait de l’asthme). Tu viens en commission avec moi ? ». Anny qui devait terminer un devoir d’école lui dit « non » et la laisse partir.

 

Dans Quingey, Jeanine DODY, la dernière à l’avoir vue, la voit se diriger vers le cimetière en face duquel la famille MANGE avait un grand pré où ils allaient souvent.

 

Roland PONCET : j’habitais à Byans avec mes parents et j’étais bien jeune (7 ans) mais je m’en souviens comme si c’était hier, quand le matin du 18 décembre 1944 j’ai vu descendre du lieu-dit « la ferme du Goulot », une charrette tirée par des bœufs avec « quelque chose » dessus. J’ai demandé à ma mère : « Qu’est-ce que c’est ? ». Et ma mère de répondre : « c’est une dame qui s’est donnée la mort à Goulot ». C’était Emilienne PERGAUD.

 

En effet, le 17 décembre, au lieu d’aller en commission comme elle l’avait dit à sa fille, elle s’était subitement dirigée vers Moini peut-être pour aller sur le lieu du crash du bombardier allié le 1.9.1944, évènement dont elle avait entendu parler (pensait-elle que son mari qui était pilote de chasse et sautait régulièrement en parachute était là-bas ?).Emilienne s’est arrêtée en fait, à la ferme du Goulot, où elle allait aux champignons avec son père lorsqu’elle était petite. C’est là qu’elle a décidé de mettre fin à ses souffrances après avoir tant lutté.

 

C’est un commerçant de Quingey qui est venu chercher Emilienne avec son camion et l’a ramenée dans sa maison à Quingey où elle a été veillée avant des obsèques dignes d’elle. Lui sera attribuée la mention « morte pour la France ».

 

Jamais je n’aurais imaginé que 63 ans après, je ferais tout mon possible en accord avec sa fille, pour faire connaître Emilienne, notre valeureuse quingeoise, et qu’elle soit mise à l’honneur aux yeux de toutes et tous en ayant sa plaque sur le monument aux morts de Quingey, chose faite avec une intense émotion en ce jour du 8.5.2007 grâce au soutien des associations de combattants et de la municipalité.

 

Récit écrit par Gaby DALMAU grâce aux documents et informations fournis par Anny PERGAUD et Roland PONCET, à la demande de Roland PONCET. Joints au présent livret : les courriers et documents les plus « parlant » pour rappeler les titres attribués à Emilienne pour ses faits de résistance. Et j’associe bien entendu ceux de son époux Henri qui a été remarquable pendant toute cette terrible guerre et qui a été couvert d’honneurs parfaitement mérités.

 

Emilienne et Henri reposent en paix côte à côte au cimetière du haut à Quingey avec la famille Mange.

 

Bien entendu, j’associe également à nos pensées en ce jour de la fête de la Libération du 8.5.1945, nos chers disparu(e)s dont le nom est inscrit sur le monument aux morts de cette place, sur le monument aux morts du cimetière du bas à Quingey, tous les morts de toutes les guerres, tous les martyrs de la résistance, et tout spécialement :

  • l’Abbé Coutteret de Lombard
  • Charles Prillard de Chouzelot
  • France Compagnon de Chouzelot
  • Les époux Mercier de Cessey
  • Les 16 fusillés de la Citadelle du 26.9.1943 dont Jean Compagnon de Chouzelot,

      Saturnino TRABADO et Baltazar ROBLEDO de Cessey

  • Des 8 aviateurs dont les 2 plus jeunes avaient 19 ans (deux Anglais, six Australiens), qui se sont écrasés avec leur bombardier le vendredi 1er septembre 1944 à 2 heures du matin, tout près de Lombard sur la colline (inhumés au cimetière d’Arc et Senans)
  • Des 3 instituteurs en poste à Quingey lorsqu’ils ont été appelés sous les drapeaux : guerre de 14.18, tous trois morts pour la France et dont les plaques commémoratives sont toujours accrochées au mur du groupe scolaire Charles BELLE (école primaire) : Michel Delphin Léon RAVEY de Blussans (25), Georges Marie Emile JACQUOT de Besançon, Jules Claude Gaston GOMOT de Chassagne (25)
  • Des Sapeurs Pompiers de Quingey - Morts pour la France pendant la guerre de 1914-1918

 

MOUREY Joseph                Caporal classe 1901 né le 18.09.1881 à QUINGEY

                                                               Tué à JOUY (Marne) le 16.09.1918

                                                               Promu adjudant, décoré de la Croix de Guerre - 3 citations

JACCA Léon                       Caporal classe 1905 né le 17.08.1885 au PRE SAINT GERVAIS (78)

                                                               Tué à MONASTIR (Serbie) le 22.11.1916

MARCIAT Eugène             Sapeur classe 1903 né le 01.09.1883 à THOISSIA (Jura)

                                                               Tué à Réez Fosse Saint Martin (Oise) le 16.09.1914

CHEMARIN Paul               Clairon classe 1904 né le 02.06.1884 à LAVIGNY (Jura)

                                                               Tué le 06.04.1917 Plateau de Craonne (Aisne)

                                                               Décoré de la Croix de Guerre – Plusieurs citations

PINCHETTI Aimé              Sapeur classe 1909 né le 12.08.1889 à QUINGEY

                                                               Disparu sur le champ de bataille de Aspach le Haut (Alsace)

                                                               le 10.08.1914

MONTEGAZZI Claude

                                               Sapeur classe 1914 né le 27.07.1894 à QUINGEY

                                                               Tué au Bois d’Ailly (Meuse) le 17.05.1915

LANGLOIS Albert             Sapeur classe 1900 né le 22.11.1880 à BOURGTHEROULDE (Eure)

                                                               Tué le 23.06.1916 à Fleury Douaumont (Meuse)

                                                               Faisait partie d’un groupe cité à l’ordre de la Division aux Eparges (Meuse)

Vous pouvez contacter            Anny PERGAUD-HABERMAN

                                               39 Rue du Sentier 75002 PARIS

                                               Tél : 01.42.36.38.85

                        Ou                   28 Rue des Salines

                                               25440 QUINGEY

                                               Tél : 03.81.63.85.89   

 

                                               Roland PONCET 25440 QUINGEY Tél 03.81.63.62.95

 

                                               Gaby DALMAU 25440 QUINGEY

                                               Tél/fax 03.81.63.89.40 – Portable 06.73.37.51.35

                                               Mail : gabidalmau@aol.com

                                               Site : http://perso.orange.fr/quingey-dalmau/

                                               (où vous retrouverez bien sûr ce livret et de nombreux autres)

                                              

(*) Henri PERGAUD n’est pas apparenté à Louis PERGAUD écrivain bien connu (1882-1915), mais le père d’Henri, Lucien, qui était directeur d’école, avait fait ses études avec lui.

 

Je termine ce livret en rappelant les paroles du Chant des Partisans qui est encore dans toutes les mémoires de celles et ceux qui ont vécu cette période, un grand merci à « La Fraternelle » de Quingey qui nous l’interprète ce jour.

 

Le chant des partisans

 

Paroles: Maurice Druon, Joseph Kessel. Musique: Anna Marly   1943

 

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme.
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite...

C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève...

Ici chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l'ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute...

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh...

 

Citation d’Elie Weisel (écrivain américain de langue française)

né en 1928 en Roumanie, rescapé des camps de concentration, Prix Nobel en 1986:

"Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s'exposent à ce qu'elle recommence".

Citation envoyée par : FDennever@aol.com - Françoise Verdenne